Je ne résiste pas à publier intégralement le courrier d'un chef d'entreprise adressé au Président de la République et dont une copie a été déposée dans notre boite mail :
Monsieur le Président de la République,
Je n’attends à ce courrier aucune réponse. Sachez d’ailleurs, je ne demande rien. Je n’attends rien non plus. Je veux seulement que vous sachiez …
Je souhaite simplement que, du haut de vos responsabilités, vous vous fassiez une petite idée du quotidien d’un entrepreneur français « lambda » qu’on classe dans la catégorie dite « des forces vives de la nation. »
Tout ce qui suit est d’une totale vérité, au détail près .
Cadre supérieur dans une grande entreprise, j’ai décidé à 36 ans de voler de mes propres ailes et de créer ma propre société. Banal.
Après 20 ans d’un travail acharné, je suis aujourd’hui à la tête d’une petite société holding de 36 personnes qui réalise un chiffre d’affaire de 5 millions d’Euros : une société de conseil créée en 1986, une entreprise de papier d’essuyage rachetée en 1995, un magasin d’optique racheté en 1998 et une petite société de construction électrique acquise en 2004.
Pour construire cela et ne disposant d’aucun bien personnel, j’ai emprunté aux banques, au fur et à mesure, la totalité des sommes nécessaires à cette création et à ces acquisitions, soit plus de 500 000 Euros.
C’est dur mais ça va. Coup d’œil dans le rétroviseur :
Août 2006 : Coup dur !
L’entreprise de papier perd un marché des Hôpitaux de Paris pour un montant de 1 million d’Euros par an : normal, c’est le jeu de la concurrence. Sauf que nous perdons ce marché face à une offre inférieure de 5% à la nôtre et que le produit vient désormais de Chine. Courant.
Déjà en perte de 30 000 € en 2005, je suis obligé de licencier économiquement 3 personnes, dont 1 cadre, ceci avec l’accord de l’Inspection du travail : A défaut, ce sont 25 emplois qui auraient disparu aujourd’hui. Malgré ces départs, nous avons encore perdu 35 000 € en 2006.
Dieu merci, nos fournisseurs ne nous lâchent pas !
Mars 2007 : Condamnation par le tribunal des Prud’hommes
Je suis condamné à payer 12000 € ( !!!) à un salarié licencié au motif de 310 jours d’absence sur une période de 18 mois. Motif invoqué par le tribunal : licenciement sans cause réelle et sérieuse !!! Etonnant mais classique…
Septembre 2007 : Contrôle fiscal de la société de Conseil (250 000 € de CA !!!)
Pourtant, les services fiscaux étaient déjà venus 3 ans plus tôt sans constater d’irrégularité. Normal, ils font leur travail, me direz-vous… Qu’espérait l’Administration avec un chiffre d’affaire aussi dérisoire ? Je l’ai appris par la suite : faire son quota de contrôles !!!
Octobre 2007 : Contrôle fiscal sur la PME de construction électrique (1 M€ de CA)
Je suis aux commandes depuis moins de 3 ans, l’entreprise n’avait jamais été contrôlée. Tant pis pour moi. Le contrôle ne donne rien mais nous perturbe lourdement à un moment crucial de notre développement. Certes, l’Administration ne fait que son devoir…
Au même moment, nous frôlons la faillite pour un retard de paiement de 8 mois de la part d’une des plus belles entreprises publiques françaises !!! Malgré la qualité de la créance, la BNP (7.8 milliards de profits) nous laisse tomber. On s’est débrouillé sans elle.
Novembre 2007 : Contrôle fiscal sur l’entreprise de papier !
Curieux : les agents du fisc étaient déjà venus il y a 4 ans et n’avaient découvert aucune irrégularité. Là encore, rien à signaler. Bon, alors, de quoi se plaindre !
Décembre 2007 : Cessation d’activité du magasin d’optique
Face à la concurrence des grandes enseignes, on ne peut plus tenir : nous fermons boutique pour cessation définitive après 7 ans de galère ! Tout le monde est payé et on ne laisse aucune dette.
Janvier 2008 : Re-Condamnation par le tribunal des Prud’hommes
Je suis condamné à payer 40 000 € ( !!!) soit l’intégralité de nos résultats de 2007, au cadre mentionné ci-dessus, licencié pour raison économique !!! Motif : licenciement sans cause réelle et sérieuse !!! (Alors que nous étions au bord du dépôt de bilan)
Février 2008 : Contrôle URSSAF sur l’entreprise de papier !
Curieux : l’URSSAF est pourtant déjà venue il y a 4 ans et n’a trouvé aucune irrégularité !
Vous pourriez croire, Monsieur le Président, qu’après 20 ans de ce traitement inouï, j’ai envie de tout laisser tomber ?
Eh bien, non. Non et 3 fois non, parce les forces qui nous animent pour entreprendre sont plus fortes que tous les vents contraires et contre-courants qui nous empêchent d’avancer dans cette perpétuelle tempête.
Moral d’acier trempé, que je vous dis !
Ah, j’oubliais : sur cette période de 25 années, moins de 50 000 € de dividendes au total auront été distribués aux actionnaires : la quasi totalité des résultats ont été ré-investis dans les sociétés tout en réglant nos dettes … A titre personnel, je ne perçois aucune rémunération sur 2 des 4 sociétés.
Quand à savoir quand, avec mon Euro à 1.55 Dollar, je retournerai à Dubai pour implanter un filiale, à Casablanca pour créer un Join Venture, à Zurich ou à Moscou pour vendre nos fours électriques ou aux USA pour démarcher un nouveau prospect …
Pendant ce temps, les chinois fournissent désormais les Hôpitaux de Paris…
Delanda est Cartago !
Nous contacter, témoigner ? Adressez votre mail à : citoyen.caton@gmail.com
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Pendant ce temps, on gémit de voir notre commerce extérieur déficitaire de 40 milliards d'Euros : on ouvre les vannes aux chinois et on emmerde les exportateurs français. Pauvre France!
J'aimerai savoir si l' Elysé a répondu à sa lettre de reproches...
Et puis, je me suis aperçu que ce monsieur invoquait Dieu. Excellente initiative. Puisse notre Créateur l'entendre, lui et tous ces petits entrepreneurs français..